Déterminant ou pronom indéfini, aucun / aucune traverse le français depuis plus d’un millénaire. La forme alcun, attestée entre 950 et 1000, signifiait alors « quelqu’un ». C’est le Reclus de Molliens qui fixe la graphie moderne dans son Miserere en 1209. L’étymologie remonte au latin populaire *al(i)cunu, lui-même issu du latin classique aliquem unum, littéralement « un certain ». Franchement, peu de mots portent autant d’histoire grammaticale dans si peu de lettres.
Sur le plan grammatical, aucun / aucune fonctionne dans deux rôles distincts. Comme déterminant indéfini, il accompagne un nom : « Cette professeure n’a reçu aucun devoir ». Comme pronom indéfini, il remplace le nom : « Aucun d’entre nous ne sait chanter ». Dans les deux cas, il s’inscrit dans une phrase de forme négative, toujours construit avec ne — jamais avec pas ni point. Cela n’a aucun sens d’y ajouter ces adverbes : la règle est absolue.
Accord en genre et en nombre : la règle et ses exceptions
Aucun s’accorde en genre selon le nom qu’il détermine ou remplace. Quatre formes existent :
| Forme | Genre | Nombre | Exemple |
|---|---|---|---|
| aucun | masculin | singulier | aucun collaborateur |
| aucune | féminin | singulier | aucune idée |
| aucuns | masculin | pluriel | aucuns frais de dossier |
| aucunes | féminin | pluriel | aucunes funérailles prévues |
Le pluriel reste rare. On l’emploie uniquement avec les noms qui n’existent qu’au pluriel : archives, arrhes, fiançailles, honoraires, mœurs, représailles, condoléances, obsèques, funérailles. Pour les dépenses, le nom frais étant toujours pluriel, on écrira impérativement aucuns frais.
Certains noms changent de sens entre singulier et pluriel — et c’est là que la vigilance s’impose. Vacance désigne un poste à pourvoir ; vacances, le temps libre. On écrira donc « aucune vacance au conseil » ou « aucunes vacances cette année » selon l’intention. Même logique pour travail / travaux, règle / règles, assise / assises.
Aucun comme pronom et l’expression « d’aucuns »
Pronom, aucun se construit dans des tournures précises : aucun de…, dont aucun…, en… aucun. Il peut être renforcé par jamais ou plus : « Aucun Européen, jamais, n’avait cherché ce territoire ». La nasale finale se lie devant voyelle — aucuns amis se prononce [o-kœ̃-zami].
L’expression d’aucuns mérite une attention particulière. Elle signifie « quelques-uns, certains » et relève d’un registre légèrement archaïsant ou ironique. Les statistiques littéraires confirment la vitalité du mot : au XIXe siècle, la forme a atteint 60 536 occurrences dans les corpus littéraires ; au XXe siècle, la forme b grimpe à 55 219, signe que l’usage a évolué sans jamais fléchir.
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