Boire la tasse désigne le fait d’avaler involontairement de l’eau en nageant, en mer ou en piscine. La sensation est désagréable : toux soudaine, légère suffocation, parfois quelques larmes chez les plus petits. Rien d’anodin à première vue, pourtant cet événement reste extrêmement courant et, dans la grande majorité des cas, sans conséquences graves.
Ce phénomène ne doit surtout pas être confondu avec une noyade. Quand on avale de l’eau accidentellement, la glotte se ferme automatiquement : le liquide file dans l’estomac, pas dans les poumons. Lors d’une vraie noyade, c’est l’inverse — les voies respiratoires sont envahies. La différence est fondamentale.
Origine surprenante de l’expression
L’histoire derrière cette formule est bien plus sombre qu’on ne l’imagine. Son apparition découle directement d’un épisode révolutionnaire brutal : entre novembre 1793 et février 1794, le député Jean-Baptiste Carrier, mandaté par la Convention, fit noyer dans la Loire, à Nantes, entre 1 800 et 4 800 prisonniers — dont 90 prêtres refusant de prêter serment à la Constitution civile du clergé. L’histoire retient ces exécutions de masse sous le nom de Noyades de Nantes.
Le Dictionnaire de l’Académie française, dans sa cinquième édition publiée en 1798, mentionne pour la première fois l’expression : on dit boire à la grande tasse pour se noyer dans la mer. Le mot « tasse » lui-même, arrivé en français au XIVe siècle via le persan, l’arabe et l’italien, désignait initialement une grande coupe ou un vase. Ce n’est qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec la mode des boissons chaudes, qu’il a rétréci pour désigner le petit récipient à anse d’aujourd’hui. Paradoxe savoureux — l’expression originelle évoquait la mort, mais son sens s’est miniaturisé en même temps que l’objet.
Aujourd’hui, boire la tasse porte aussi un sens figuré courant : subir un échec cuisant. Un entrepreneur qui fait faillite, un candidat recalé à un examen — l’image reste parlante.
Dangers réels et précautions à prendre
Franchement, les risques restent minimes dans la plupart des situations. Néanmoins, certains cas méritent attention. Selon le Dr François-Xavier Moronval, responsable du Centre d’enseignement des soins d’urgence des Vosges, des épisodes répétés chez l’enfant peuvent progressivement mener à une infection pulmonaire si une toux persistante, une fièvre ou une gêne respiratoire s’installent.
Voici les situations qui doivent alerter :
- Toux persistante plusieurs heures après l’ingestion
- Fièvre associée à une difficulté à respirer
- Perte de conscience ou récupération lente
- Ingestion massive d’eau de mer
L’eau de mer contient 35 g de sel par litre, alors que l’organisme n’en nécessite que 9 g par jour — au-delà, le risque de contamination par des micro-organismes et de déshydratation grimpe sérieusement. En piscine, la bactérie Escherichia Coli peut provoquer gastro-entérites et troubles intestinaux, même dans une eau chlorée.
Pour réduire les risques, expirez sous l’eau : il est impossible d’avaler de l’eau en soufflant. Pour les enfants, privilégiez les jeux calmes et surveillez-les attentivement dans les heures suivant tout incident aquatique.
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